Dans ce genre bien précis de FPS, deux séries ne cessent de se
tirer la bourre, Medal Of Honor et Call Of Duty, l'ennui, c'est que
si l'une des deux a su évoluer doucement puis avec vigueur, l'autre
malgré tous ses efforts n'a jamais pu égaler l'effet de surprise
produit par son premier volet. Chez Infinity Ward, non seulement on
a décidé de pousser la mise en scène d'un FPS jusqu'à ses dernières
limites mais également de couper les ponts avec une Seconde Guerre
mondiale qui commençait à sérieusement sentir le réchauffé. Comme
son nom l'indique, Modern Warfare se déroule donc de nos jours,
entre le Moyen-Orient, la Russie, l'Ukraine, l'Azerbaïdjan et
l'Oural et prend la forme peu surprenante d'une lutte contre une
organisation terroriste nostalgique de la Guerre Froide. Fidèle à
la tradition, CoD 4 vous offrira deux points de vue sur l'action.
Sur les rives de la Mer Rouge, on exercera ses talents en tant que
marine US pour des opérations de grande envergure et pleines
d'explosions pendant que les agents du SAS anglais présents en
Europe de l'Est agiront au format commando, fusils de snipe et
silencieux prêts à l'action. Sachez par ailleurs que contrairement
aux précédents volets, il ne s'agit pas ici de mener une campagne
depuis une autre mais d'alterner les points, le scénario du jeu
rebondissant d'un événement à l'autre. Ah oui d'ailleurs, il y a un
scénario pour une fois, et pas totalement inutile puisqu'il se
dévoile à travers le jeu, influence la mise en scène et s'autorise
de bons gros rebondissements pour le moins tonitruants. Le
découpage en séquences de jeu Marines/SAS alternées apportant une
touche de dynamisme supplémentaire.

Inifnity Ward a décidé de ne pas faire les
choses à moitié.
On le sait, ce qui fait la force d'un shooter comme Call Of
Duty, c'est avant tout sa capacité à nous en mettre plein les yeux,
en dépit de toute vague notion de réalisme ou de liberté. En
l'occurrence, on ne prendra pas de risque en disant que dans ce
domaine, Modern Warfare est simplement ce qui se fait de mieux.
Faire l'impasse sur la période 39/45 semble avoir considérablement
libéré les esprits chez Infinity Ward qui se lâche gravement.
Est-ce qu'on peut envoyer le joueur au milieu d'une explosion
nucléaire ? Oui, on peut, même que ça va lui faire drôlement mal
aux rétines. Que l'on soit plongé au milieu d'un enfer de métal
hurlant ou perdu dans les steppes d'Europe de l'Est, CoD 4 fait
mouche d'une part parce qu'il n'hésite pas à faire dans le
grandiloquent décomplexé mais également parce que visuellement, il
met tous les atouts de son côté pour renforcer l'immersion dans de
multiples situations radicalement opposées. Du côté des SAS opérant
en Europe par exemple, on participera la plupart du temps à des
opérations discrètes, traqués par des patrouilles d'hélicoptères,
ce qui donnera l'occasion d'admirer l'attitude des alliés
exceptionnellement bien animés, utilisant le langage gestuel,
ouvrant une porte pour pénétrer furtivement un bâtiment
préalablement plongé dans l'obscurité qu'on ira nettoyer en furtif.
Tout ceci n'a pas forcément grand-chose d'original, mais la qualité
du travail d'Infinity Ward pour nous plonger dans l'action n'a pas
d'égal, du coup, on y est, on s'y croit. D'autant plus que de
nombreux imprévus viennent pimenter le déroulement des missions qui
restent, tout le monde s'en doute, très scriptées. Que dire
également de la fameuse mission de snipe qui nous donne l'occasion
d'utiliser une tenue de camouflage et surtout de se prendre un
sacré trip Sniper.

Ca reste du rail shooting, mais cette séquence
à bord d'un AC130 a le mérite d'être originale.
Planqué dans les hautes herbes, rampant entre les chars ennemis,
il faudra rester invisible et éliminer les groupes d'ennemis en se
coordonnant avec son équipier pour les descendre simultanément,
sans que personne n'ait eu le temps de faire un geste. Là encore,
il suffit de refaire la mission pour voir à quel point elle est
dirigiste, mais face à un tel travail, on se laisse complètement
prendre au jeu sans se soucier du fait que CoD ne laisse qu'une
part infime à la prise d'initiatives. C'est le prix du spectacle et
on le paiera bien souvent, y compris dans la véritable situation de
guerre des missions des Marines. Dans une ambiance d'insurrection
très inspirée de Black Hawk Down, on change radicalement de
registre durant la traversée de ruelles dévastées par les chars ou
l'assaut tonitruant d'une chaîne de télé, tout ceci jusqu'au
dénouement bluffant de notre carrière dans le corps des Marines. Il
serait fastidieux, vain et même dommageable de balancer des tonnes
d'exemples de ce qui attend le joueur au cours de la campagne solo
alors on se contentera de répéter une fois de plus qu'en matière de
mise en scène, Modern Warfare a fait exploser les compteurs.

Efficace la tenue de camoufflage.
Mais si on se sent si bien dans ce cocon de feu et de douilles,
ce n'est pas simplement parce qu'il est emmené à un rythme
parfaitement maîtrisé, c'est également parce qu'il sait se rendre
crédible. J'ai déjà fait mention de l'animation alliée ou ennemie,
mais on pourra ajouter d'autres détails encore comme le fait qu'il
n'y ait nul besoin de vider un chargeur complet pour venir à bout
d'un soldat (à l'exception de votre propre personne mais ça ce
n'est pas une surprise), ce qui tranche avec l'approche habituelle
d'un FPS à grand spectacle. Mais on est surtout agréablement étonné
de voir pour la première fois des adversaires qui ne s'avouent pas
vaincus simplement parce qu'ils sont blessés. Si vos ennemis ne
sont pas ce qu'on a vu de plus futé au monde, ils sont loin d'être
idiots et sont surtout tout à fait capables, si on ne fait que les
incapaciter, de ramper pour ramasser une arme et essayer de vous
tirer dessus au sol au lieu de bêtement attendre une mort qui
surviendrait en quelques secondes, comme on le voit généralement.
Méfiez-vous donc des cibles abattues que vous auriez perdues de
vue, vous pourriez être surpris en passant près de leur corps. Des
corps qui, soit dit en passant, réagissent avec justesse aux chocs
et impacts. Et une myriade d'autres détails visuels soignés
viennent encore sceller votre immersion dans le titre. La physique
par exemple, fournit quelques jolies explosions et de charmantes
réactions à l'occasion.

L'animation des soldats est assez
bluffante.
Très linéaire et tout de même conçu comme un titre grand public
(donc très accessible), Call Of Duty 4 ne constitue pas un
challenge pour l'habitué du genre qui devra apprendre à se
satisfaire du spectacle. En attendant, l'équipe de développement
n'a pas vu là l'occasion de confondre « accessible » avec «
simpliste ». Chacune de vos armes a ses avantages et points
faibles, on voit donc l'intérêt de passer d'une arme lourde à une
arme de poing ou un fusil à pompe lorsqu'on se retrouve en
intérieur, et l'I.A. adverse est suffisamment affûtée pour que
foncer droit devant sans prendre le temps de se mettre à couvert,
ou de dégager le chemin, soit un brin suicidaire. En outre, même se
mettre à couvert ne sera pas toujours une garantie de survie, la
physique gérant la résistance des surfaces, le bois ou la tôle ne
vous protégeront qu'un temps des tirs et comptez sur les troupes
d'en face pour savoir vous déloger à coups de grenades, camper sur
sa position est de fait particulièrement hasardeux. Et si le titre
reste linéaire, il n'est pas toujours qu'un simple couloir et
ménage à de multiples reprises un espace de liberté suffisant pour
que le joueur puisse aller chercher sa part d'héroïsme en dénichant
un spot de snipe ou un moyen détourné de contourner une position
retranchée. Une illusion efficace évitant au joueur de trop sentir
le poids des scripts.

Où l'on constate la qualité navrante des
textures de fond.
Frénétique, prenant, scotchant, on pourrait enfiler les
adjectifs classiques qu'on a l'habitude d'accoler à chaque nouvel
épisode de la série, on en revient toujours au même point : si le
but recherché est de s'en prendre plein la vue à travers ce qui
ressemble de plus en plus à un film interactif, c'est réussi.
Pourtant, malgré toutes ses qualités, y compris techniques, Call Of
Duty 4 s'encombre de défauts. Le premier relevant de sa durée de
vie : 5 heures ! Voilà, comme ça c'est dit, quick and painful comme
on dit. 5 heures c'est environ le temps qu'il faut pour boucler le
jeu en mode moyen. Alors un bon conseil, montez de suite au mode
difficile au risque de trouver l'addition excessivement salée.
Autres déboires, si l'animation des personnages est une prouesse ou
que les explosions sont fabuleuses, le moteur de CoD4 est loin
d'être parfait. Des objets se retrouvent couverts d'aliasing
pendant que certaines textures font parfois peine à voir. Citons en
exemple la texture de fond qui sert d'horizon dans une série de
missions SAS, d'une qualité à la limite de l'acceptable sur
next-gen. Dans le même ordre d'idée, si on est satisfait de
certains aspects de la physique, on s'étonne de la voir si limitée.
C'est très bien de pouvoir faire exploser une voiture ou de voir
les balles transpercer des parois trop fines, mais ça la fout un
peu mal de voir une caméra sur un trépied désespérément clouée au
sol ou un tas de tôle ne pas trembler d'un pouce quand on y fait
sauter une grenade, démontrant que finalement, le degré
d'interaction avec le décor est bien plus limité qu'on voudrait
nous le faire croire.

Du côté des Marines on fait l'impasse sur la
discrétion, on fonce dans le tas.
Excellent mais bien trop court en solo, Call Of Duty 4 peut en
revanche se rattraper sur son multi qui a toujours été un point
fort de la série. Reposant sur des bases et des modes très
classiques, la section multijoueur regorge néanmoins de petites
trouvailles susceptibles d'en faire un must des prochains mois. En
dehors de l'usage de certains artifices du solo, le multi propose
un système de grades permettant à chacun de customiser son avatar
en lui offrant de nouvelles compétences. De la possibilité de
lâcher une grenade au moment de notre mort afin de piéger un
adversaire, à la capacité de faire appel à une couverture aérienne,
vos performances au combat seront grandement récompensées. On peut
s'estimer convaincus, et la phase de bêta a en partie confirmé, que
le mode online du jeu a largement de quoi compenser la brièveté du
mode solo.
justin_lol 